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L'Avignon du festival

Le festival d’Avignon est intimement lié à la cité qui l’a vu naître. La ville – dans ses composantes territoriales, humaines, politiques et organisationnelles – et l’évènement se sont réciproquement alimentés et transformés au cours des décennies. Si bien qu’ils forment aujourd’hui une paire indissociable.

Découvrez à travers l'exposition virtuelle L'Avignon du festival, l'histoire des liens entre la ville et son festival...

Transposition virtuelle de l’exposition de 2016.

Mise en ligne

en 2021.

Les festivals ont le vent en poupe. Originellement fils des villes, ils prennent racine dans des lieux souvent clairement circonscrits et chargés de sens, qui ne se laissent pas déborder facilement. Limités dans un temps donné, ils ont une périodicité régulière et constituent un rendez-vous annuel. Ils mêlent loisir, culture et tourisme.

Le festival d’Avignon est intimement lié à la cité qui l’a vu naître. La ville – dans ses composantes territoriales, humaines, politiques et organisationnelles – et l’évènement se sont réciproquement alimentés et transformés au cours des décennies. Si bien qu’ils forment aujourd’hui une paire indissociable. L’implantation avignonnaise du festival n’est pas un hasard. Le festival s’est nourri et se nourrit de la ville.

En retour, il nourrit la ville économiquement et culturellement. Et s’il métamorphose l’espace urbain très visiblement pendant la manifestation, il marque aussi son empreinte durablement : aménagement urbain, circulation, organisation des services, espace vécu par les habitants, rythme de la vie de la cité, attachement et non-attachement des acteurs locaux à l’évènement, rayonnement et identité de la ville, etc.

 

Repères historiques

Cette frise chronologique est bien loin d'être exhaustive. Elle vise à donner sommairement quelques dates-rêves sur l'histoire du festival d'Avignon, l'histoire urbaine et les relations entretenues entre la ville et le festival.

Cliquer sur une des parties de la frise pour l'agrandir

 
 
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Le festival s'empare   de la ville 

Sommaire du chapitre

 

Pourquoi Avignon ?

 
Le Palais des papes. Années 1850
Le Palais des papes. Années 1850

Photographie : tirage sur papier albuminé – Baldus. PDR 16Fi2

Le Palais des papes. Années 1850
Le Palais des papes. Années 1850

Photographie : tirage sur papier albuminé – Baldus. PDR 16Fi2

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Pourquoi le festival d’Avignon a-t-il élu domicile à Avignon ? Et pour quelles raisons a-t-il pu y perdurer ?

La question est complexe, mais on peut établir plusieurs éléments d’explication.

Voilà, c’est tout simple. Il était une fois un homme et une ville, qui se rencontrèrent, s’aimèrent, et eurent un enfant nommé Festival.

Au printemps 1947, Yvonne et Christian Zervos travaillent à la préparation d’une exposition d’art moderne pour la Grande Chapelle du Palais des papes. Elle est organisée pour la semaine du 4 au 10 septembre. Par l’entremise du poète vauclusien René Char, ils proposent à Jean Vilar d’accompagner cette exposition par une représentation de Meurtre dans la cathédrale de Thomas Stearns Eliot, qui a connu un franc succès à Paris, au Théâtre du Vieux-Colombier.

 

Ils souhaitent en effet mêler les arts et les époques dans le cadre d’une véritable Semaine d’art. Vilar refuse, puis propose un projet théâtral d’une autre envergure : la création de trois nouveaux spectacles dans la cour d’honneur du palais. Les Zervos n’ont pas les moyens de financer cette proposition.

 

Mais le maire communiste d’Avignon, le docteur Pons, est séduit par l’idée, dans laquelle il entrevoit la possibilité de bâtir de nouveaux ponts entre les habitants et de donner un nouveau souffle au rayonnement à la ville. Il fait ainsi voter par le conseil municipal une subvention exceptionnelle. Jean Vilar complétera la somme sur ses propres deniers.

(Jean Vilar, 1963)

Le contexte de 1947 est décisif. Cet embryon de festival s’implante dans une ville de 60 000 habitants, en province, dans l’après-guerre, alors que les profondes divisions des temps d’occupation, les cartes de ravitaillement et les traces des bombardements de 1944 sont encore omniprésentes. Les premières éditions du festival naissent dans une soif de théâtre, d’évasion, de pensée et de retour à la vie des temps de paix. Les festivals de la fin des années 1940 sont par beaucoup - et notamment par les jeunes adultes - vécus comme une revanche sur la période de guerre.

Une éclaircie dans une époque troublée. 
(Suzanne, témoin interrogée par Bernard Weisz vers 1996)
Déclinaison des trois clés.
Déclinaison des trois clés.

Blason Avignon

Déclinaison des trois clés.
Déclinaison des trois clés.

Blason Avignon

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Déclinaison des trois clés.
Déclinaison des trois clés.

Affiche du festival de 1954 réalisée par Jacno.

Déclinaison des trois clés.
Déclinaison des trois clés.

Affiche du festival de 1954 réalisée par Jacno.

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Déclinaison des trois clés.
Déclinaison des trois clés.

Logo d'Olivier Py, 2014

Déclinaison des trois clés.
Déclinaison des trois clés.

Logo d'Olivier Py, 2014

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Projet de décoration de l'entrée du palais à l'occasion du festival. Années 1950
Projet de décoration de l'entrée du palais à l'occasion du festival. Années 1950

Papier fort aquarellé. AMA 52Fi65

Projet de décoration de l'entrée du palais à l'occasion du festival. Années 1950
Projet de décoration de l'entrée du palais à l'occasion du festival. Années 1950

Papier fort aquarellé. AMA 52Fi65

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La taille de la ville correspond parfaitement à l’évènement.
(Paul Puaux, interview dans Études Vauclusiennes n°11, 1974)

Des éléments urbains et géographiques peuvent expliquer l’inscription du festival dans la durée.

La dimension de la ville, la densité de son histoire médiévale et son attractivité touristique autour d’un monument phare en font un lieu d’implantation idéal. La morphologie urbaine, avec un centre-ville bien délimité et contenu par des remparts, des places animées, des rues sinueuses héritées du plan médiéval, un patrimoine bâti riche et reconnu favorisent aussi le développement d’un espace festif à taille humaine, dans lequel il fait bon se rencontrer, partager, converser. Enfin, la situation géographique de la ville est aussi un atout pour un festival de plein air. Dans la vallée du Rhône, les étés sont le plus souvent ensoleillés. Les traditions urbaines et de rencontre dans les rues et sur les places sont déjà fortement ancrées dans cette ville méditerranéenne.

Le festival en son palais

 
Cour d’honneur du Palais des papes avant le festival. [Début du 20e siècle]
Cour d’honneur du Palais des papes avant le festival. [Début du 20e siècle]

Photographie : négatif verre – Charles Bartesago. Fonds du Musée Calvet – AMA 67Fi945

Cour d’honneur du Palais des papes avant le festival. [Début du 20e siècle]
Cour d’honneur du Palais des papes avant le festival. [Début du 20e siècle]

Photographie : négatif verre – Charles Bartesago. Fonds du Musée Calvet – AMA 67Fi945

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Le Palais des papes est la matrice du festival, ou du moins, son cœur vibrant, son théâtre mythique, symbolique et incontournable chaque année.

C’est la cour d’honneur que Jean Vilar choisit entre les différentes possibilités qu’offrait le « château », comme il aimait l’appeler, lorsqu’il vint faire un repérage avant la Semaine d’art de 1947. Il dira cependant qu’elle est un « mauvais lieu de 

théâtre ». Massive, déjà chargée de sa propre histoire et d’une grande solennité, vectrice d’émotions à elle seule, la grande cour du palais est un espace difficile. La rencontre, sous un ciel étoilé, dans le mistral, ou dans la douceur de l’été, entre le « monument roi » de la ville et un spectacle qui sait s’y fondre ou s’y imposer peut provoquer une émotion hors du commun, un choc issu de la confrontation de temporalités et d’arts différents. La cour a cette magie qui peut donner de la puissance aux textes. Mais parfois, le monument écrase le théâtre.

 

Le Palais des papes, en revêtant un rôle central dans la tenue du festival, ne s’est aucunement défait de son importante fonction touristique. La cour a concilié, bon an, mal an, ces deux impératifs conjoints et parfois contradictoires.

Quand on entre dans la cour, la cour à nu, c’est un lieu informe. Je ne parle pas des murs, mais du sol. Techniquement, c’est un lieu théâtral impossible. Et c’est aussi un mauvais lieu théâtral, parce que l’histoire y est trop présente. 
(Jean Vilar, 1963)

Léon Degand parlera d’ « épreuve du mur » pour signifier la difficulté de mettre en scène dans la cour d’honneur. Selon les périodes, la cour a inspiré les metteurs en scène et les décorateurs ou, au contraire, les a intimidés voire a bloqué toute prise de risque artistique. Paul Puaux, qui assura la direction du Festival de la mort de Jean Vilar (mai 1971) jusqu’en 1979, éprouva des difficultés à programmer les spectacles de la cour d’honneur. Alain Crombecque, directeur du Festival entre 1985 et 1992, a dû faire face à l’apparente paralysie artistique suscitée par cet espace réputé difficile. Mais la programmation dans la cour d’honneur constitue toujours une forme de rite de passage mémorable tant pour les metteurs en scène et comédiens que pour les spectateurs.

Confronter le mouvement sans fin des corps, la musique sonore et abstraite de John Cage, aux pierres grises de l’histoire.
(Merce Cunningham, chorégraphe, Le Monde, 28 juillet 1976)
Programme du festival. 1949
Programme du festival. 1949

AMA 3W6

Programme du festival. 1949
Programme du festival. 1949

AMA 3W6

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