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Voir Avignon de loin, c'est créer une distance avec la cité pour mieux la lire et tenter de la comprendre.

Observez la ville, ses permanences et ses métamorphoses avec 

hauteur et largeur de vue grâce à l'exposition Vu de loin !

Vu de loin

Transposition virtuelle de l'exposition

de 2017. 
Mise en ligne

en 2020

Une ville comme Avignon, au centre ancien particulièrement sinueux et resserré, suscite le désir d'une représentation qui s'émancipe quelque peu - ou pleinement - de notre condition de « terrien arpenteur ». Observer la ville, ses permanences et ses métamorphoses avec hauteur et largeur de vue est l'ambition de l'exposition Vu de loin.​ Voir Avignon de loin, c'est créer une distance avec la cité pour mieux la lire et tenter de la comprendre.

Depuis les premières représentations de la ville d'Avignon, les auteurs, peintres et photographes, qu'ils répondent à une commande ou non, ont recherché des perspectives dégagées et des points de vue surélevés permettant d'embrasser du regard un panorama large : berges du Rhône, pentes de Villeneuve-lès-Avignon, promontoire du Rocher des Doms, tours du Palais des papes, clochers, beffrois, immeubles hauts, toits, etc.

La photographie d'un panorama joue avant tout un rôle de valorisation visuelle d'un patrimoine paysager perçu comme intemporel. En témoignent la quête du point de vue idéal, magnifiant, l’approche artistique du sujet et la récurrence de certains angles de vue à travers les siècles. La photographie d'un panorama joue également un rôle éminemment documentaire en permettant d'enregistrer et d'observer les mutations du territoire.

Avec la concrétisation du rêve d'Icare à la fin du XVIIIe siècle, les possibilités de voir d'en haut et de loin enrichissent les prismes de représentation des villes.

 

Dès le milieu du XIXe siècle, des dispositifs de prise de vue aérienne photographique sont mis au point et donnent lieu, à partir du XXe siècle, à des campagnes nationales et locales de photographies depuis le ciel.

Si elle permet une meilleure cartographie du territoire, la photographie aérienne traduit peut-être aussi le désir de s'affranchir du corps comme point d'ancrage de la vision.

 

La vue d'en haut bouscule les repères dans le paysage urbain et écrase les perspectives et les reliefs jusqu’à esthétiser certains paysages.

Les fonds iconographiques conservés aux Archives municipales d'Avignon comptent de nombreux panoramas, grands angles et vues du ciel qui sont autant d’éléments documentant les évolutions de l’espace vécu, la conquête de la ville sur la campagne, les mutations des paysages, la structuration du territoire par les axes routiers, ferroviaires et fluviaux, mais aussi sur les permanences de certaines représentations.

 

À l'heure des drones, petits appareils volants agiles, et de Google Earth, on peut s'attendre à collecter des documents photographiques d'un nouveau genre,  réalisés de loin, qui diversifieront encore l'approche du paysage et questionneront à nouveau les perspectives sur l'espace urbain

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Vues aériennes : le renversement du regard
 
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 Vues de cartes postales : la ville en clichés 

Le Trésor de la Langue Française définit le panorama comme un « vaste paysage que l'on découvre d'une hauteur, que l'on peut contempler de tous côtés ». Le panorama idéal vise à immortaliser la vue la plus belle et la plus large possible. La vue panoramique a ainsi pour mission d’englober, de rassembler, d’intégrer l’immensité dans l’image, quitte à en repousser le cadre...

La vue panoramique a pour mission d’englober, de rassembler, d’intégrer l’immensité dans l’image, quitte à en repousser le cadre.

 
 Vu du ciel : le palais en point de fuite 

En observant les vues du ciel d’Avignon, il est frappant de constater que le Palais des papes est presque systématiquement au cœur de la photographie et qu’il en est le point de fuite ou la ligne de mire.

Représenter Avignon dans sa globalité nécessite le plus souvent de trouver des points de vue en hauteur. Le développement des techniques de déplacement aérien avec la montgolfière à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle, l’avion puis l’hélicoptère au XXe siècle, le drone au XXIe siècle, permettent d’élever l’objectif au-delà de la terre ferme et d’enrichir les prismes de représentation de la cité à travers une expérience de l’espace plus complète. Il offre surtout au photographe la possibilité de les faire varier à l’infini tant il est alors aisé de moduler la hauteur et l’angle de la prise de vue...

L’ouverture du champ des possibles par le développement des techniques et les découvertes n’affranchit cependant pas toujours l’artiste de certains réflexes de cadrage. En observant les vues du ciel d’Avignon, il est frappant de constater que le Palais des papes est presque systématiquement au cœur de la photographie et qu’il en est le point de fuite ou la ligne de mire. Dès le milieu du XIXe siècle, l’estampe d’Alfred Guesdon place le château des papes quasiment au centre de l’image. Et par la suite, quel que soit son point d’ancrage dans les airs, le photographe se tourne clairement vers le monument-phare, qui s’impose dans le paysage environnant densément urbanisé.

 

Ce phénomène peut s’expliquer par des règles d’or mathématiques de structuration des images : le palais est un point culminant remarquable, massif et compact, il doit à ce titre y trouver une place spécifique. Ce phénomène découle aussi du caractère qu’incarne l’édifice, tant symbolique du pouvoir, qu’esthétique. Le Palais des papes, forteresse dans la ville, fait figure tour à tour de sentinelle intemporelle ou de masse solennelle puissante, voire écrasante. Il apparaît comme incontournable au photographe d’Avignon et identifie le sujet photographié de manière évidente.

 
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 Vu des toits, des tours et du beffroi 

Au sol, sur la terre ferme, à hauteur d’homme, on manque fréquemment de recul pour observer la ville, surtout dans le centre d’une ville comme Avignon où la morphologie urbaine est caractérisée par un réseau serré de rues étroites. Pour dessiner ou photographier l’intra-muros de l’intérieur et dans une approche englobante, il faut monter : se hisser sur les hauteurs naturelles de la cité quand il y en a, grimper sur les toits, gravir les escaliers des tours, en somme, surplomber les espaces bâtis depuis les édifices culminants...

Pour dessiner ou photographier l’intra-muros de l’intérieur et dans une approche englobante, il faut monter : se hisser sur les hauteurs de la cité.

 
Vue panoramique d'Avignon depuis le beffroi de l'hôtel de ville.
Cette vue en 360 degrés est recomposée à partir de 12 photographies réalisées le même jour. Selon la position du photographe par rapport au soleil, l'intensité lumineuse de la photographie varie. 

Cliquez sur les images pour faire défiler le panorama et lire les épinglettes

Les travaux constituent l’opportunité de prises de vues documentaires et techniques qui revêtent un important intérêt historique.

 Travaux et perspectives ouvertes 

Heureux ou malheureux, l’évènement crée l’intention de la constitution d’une mémoire et par ricochet, la prise de vue photographique. Ainsi, les inondations, les bombardements, ou, dans un autre registre, les visites officielles de personnalités, ont été l’occasion de campagnes photographiques qui renseignent, malgré elles, sur le paysage urbain contemporain de l’évènement...

Les travaux de construction et les chantiers urbains ont, eux, souvent été l’occasion de photographier la ville sous un nouvel angle. Les démolitions de bâtiments ont pour effet visuel de dégager les perspectives. Elles changent l’aspect de la ville au moins autant qu’un nouvel édifice a un impact sur la physionomie d’un quartier. Démolition ou construction, ces changements marquent l’œil du passant et l’amènent à poser un regard neuf sur son environnement. Le photographe, soucieux d’enregistrer la nouveauté, l’est également de fixer sur la pellicule le moment unique et inédit de la métamorphose en cours. Le chantier est photographié dans son contexte urbain. Les travaux constituent ainsi l’opportunité de prises de vues documentaires et techniques qui revêtent un important intérêt historique.

 
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 L’objectif en campagne 

Comme c’est le cas ailleurs, les représentations de l’extérieur des remparts sont moins nombreuses dans les fonds iconographiques que celles du centre-ville. Si on a beaucoup peint et photographié l’espace urbain porteur d’une histoire matérialisée dans le bâti, il n’en va pas de même pour l’extra-muros, jugé moins exceptionnel...

Les documents administratifs ont longtemps désigné par le terme de « campagne » ces espaces périphériques cultivés et peu construits.

Pour cause, ce n’est pas avant la fin du XIXe siècle que les constructions urbaines ont réellement « débordé » des remparts pour conquérir progressivement l’ensemble du territoire communal.

 
 Vues aériennes : le renversement du regard 

Les représentations « de loin » des villes se sont diversifiées grâce aux progrès techniques et aux inventions. Parmi eux, la photographie aérienne testée et éprouvée dans ses prémices au milieu du XIXe siècle joue un rôle charnière. Plusieurs importantes campagnes nationales de clichés aériens ont été réalisées par des aviateurs militaires dès l’entre-deux-guerres. Elles ont permis d’améliorer la cartographie des territoires. Le plan dressé par Marcel Chrétien en 1926 s’est appuyé sur le montage de vues aériennes de la ville. Les Archives de la Ville d’Avignon conservent des campagnes de photographies aériennes à partir de 1968, issues de commandes auprès de sociétés spécialisées telles qu’AERIAL...

En 1858, après avoir réalisé les premiers clichés d’un aérostat, Nadar écrivait : « La terre se déroule en un immense tapis sans bord, sans commencement ni fin ». La photographie aérienne a renversé la perspective centrale et révolutionné la perception de l’espace. Les vues deviennent franchement plongeantes, dans un angle à 90 degrés avec le sol. L’appareil photographique est posté à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Ce double bouleversement (basculement du regard et éloignement marqué) induit une méconnaissance et une perte d’échelle. Les espaces photographiés paraissent aplatis. Les perspectives disparaissent. À Avignon, le Rocher des Doms n’est plus qu’une étendue verte, le Rhône un ruban déroulé, la rotonde SNCF un anneau épais, les champs cultivés des lanières colorées, le pont Saint-Bénezet un trait.

 

L’exposition virtuelle Vu de loin est la transposition d’une exposition temporaire réalisée par les Archives municipales d’Avignon. Inaugurée le 16 septembre 2017, l’exposition initiale a été présentée pendant 12 mois (2017-2018) dans la cour intérieure et sur les murs extérieurs du bâtiment sous la forme de panneaux. Elle a été accompagnée et prolongée par un catalogue d’exposition.

 

NB : Nous avons fait le choix de ne pas mettre à jour les textes de l’exposition initiale. Certaines évolutions récentes ne sont donc pas mentionnées.

Crédits

Chaleureux remerciements aux collectionneurs et photographes qui ont apporté leur aide et aimablement donné leur accord pour la réutilisation de leurs documents.

Un très grand merci à l’équipe des Archives municipales d’Avignon au sein de laquelle chacun a pu contribuer, à un moment ou à un autre, à la réussite du projet d’exposition.

Une production Ville d'Avignon

Réalisation originale

Archives municipales, 2017

Transposition virtuelle

Archives municipales, 2020

Commissariat d'exposition 

Sylvestre Clap (directeur des Archives d’Avignon)

Aure Lecrès (adjointe au directeur, cheffe du service des publics)

Recherches iconographiques

Aure Lecrès et Yves Schleiss

 

Numérisations et prises de vue

Didier Barthélémy et Yves Schleiss

 

Textes et identifications

Martine Bricard et Aure Lecrès

Transposition virtuelle

Allison Guiraud et Aure Lecrès

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La photographie aérienne a renversé la perspective centrale et révolutionné la perception de l’espace. Les vues deviennent franchement plongeantes, dans un angle à 90 degrés avec le sol. 

La prison et le quartier nord-est du centre-ville depuis le Rocher des Doms

Photographie : tirage argentique - Jaydie Putterman - [Début des années 1990] - AMA 67Fi26