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Questions de protection

Le patrimoine bâti avignonnais est épatant. Par le nombre et la diversité des édifices qui le composent, mais aussi parce qu’il n’est pas uniquement là où l’on pense le trouver !

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Épatant patrimoine, un voyage au cœur du patrimoine avignonnais en 46 focus...

Épatant patrimoine

Transposition virtuelle de l'exposition

de 2013. 
Mise en ligne

en 2020

La question qui se pose ici est celle de la protection du patrimoine bâti. Celle qui n’a pas été mise en place et que l’on a pu regretter, celle qui est instituée, et celle qui pourrait, peut-être, être instaurée.

Lorsqu’on évoque le « patrimoine avignonnais », chacun pense d’abord au Palais des papes, aux remparts, et au pont Saint-Bénezet, les « trois merveilles d’Avignon » comme les a désignés Hans von Waltheym dans son journal de voyage. Mais à côté de ces « stars » patrimoniales, connues, reconnues, classées et protégées, la ville regorge d’édifices dignes d’intérêt. Certains jouissent déjà d’une reconnaissance publique, officielle et instituée. D’autres se font plus discrets et restent méconnus des Avignonnais eux-mêmes. Il y a aussi ces bâtiments plus récents, ancrés dans l’espace vécu du quotidien, que l’on ne perçoit pas au premier abord comme relevant du patrimoine, alors qu’ils pourraient bien en être… ou en devenir.

Qu’est-ce que le patrimoine ?

Étymologiquement, le patrimoine renvoie aux biens transmis par le père. Cet héritage a une dimension à la fois matérielle...

La fabrication du patrimoine

Le patrimoine est bien le résultat d’un choix, d’une sélection. Ce que l’on considère comme relevant du domaine du patrimoine...

Gare TGV
Porte Limbert
Ancienne usine EDF
Réglisserie Florent
Lycée agricole François Pétrarque
Palais de Justice
Ecole de la Barthelasse
Piscine olympique du parc des sports
Chambre de l'agriculture
Hôtel du Grand Avignon
Mutuelle sociale agricole
Eglise du Sacré-Coeur
Hospice et résidence Sixte Isnard
Caserne Chabran
Ancienne usine SIPRA
Rotonde SNCF
Eglise paroissiale de Saint-Ruf
Eglise de Montfavet
Moulin Sixte Isnard
HBM Louis Gros
Eglise Saint-Joseph Travailleur
Eglise abbatiale de Saint-Ruf
Châteaux
Bâtiments Art Déco
Hôtel du Petit Louvre
Couvent du Bon-Pasteur
Caserne des Passagers
Hôtel Madon de Châteaublanc
Hôpital Sainte-Marthe
Berton et Sicard
Manutention des vivres
Grand Bar
Rue des Teinturiers
Le San Miguel
Séminaire Saint-Charles
Maisons quai de la Ligne
Comédie
Synagogue
Prison Sainte-Anne
Hôtel Bernard de Rascas
Hôtel des Postes
Nouvelles galeries
Abbatoirs
Quartier de la Balance
Commanderie des Hospitaliers
Bâtiments Art Déco
Bâtiments Art Déco
Bâtiments Art Déco
Bâtiments Art Déco
Châteaux
Châteaux
Châteaux
Châteaux
Châteaux
Châteaux
Châteaux
Châteaux
Châteaux

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Quelques dates-repères dans l’histoire de la protection du patrimoine bâti

Etablissement des premières listes de monuments historiques sous l’égide du ministre François Guizot et des premiers inspecteurs généraux Ludovic Vitet et Prosper Mérimée. L’objectif principal est alors de répartir les aides financières de l’Etat.

A Avignon, sont inscrits sur ces listes : le pont et la chapelle Saint-Bénezet, la Collégiale et l’église paroissiale Saint-Pierre, le Palais des papes et la cathédrale Notre-Dame des Doms en 1840, l’ancien Hôtel des monnaies et l’Hôtel de ville en 1862.

Adoption d’une nouvelle loi sur les monuments historiques. Elle instaure le classement, sans accord nécessaire du propriétaire, même dans le cas d’immeubles privés. Il s’agit également de prendre en compte les changements qu’implique la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905).

Instauration des « zones de protection ». La loi ne protège plus seulement des bâtiments isolés, elle s’intéresse désormais aussi à des ensembles. C’est le cas, en 1932, à Avignon, de la rue des Teinturiers (sol pavé, platanes, canal et roues à aubes).

Adoption de la « loi Malraux », ministre des Affaires culturelles. Cette loi crée l’Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France. Elle instaure par ailleurs la notion de « secteur sauvegardé ». A Avignon, le quartier de la Balance est alors le plus petit secteur sauvegardé de France.

Adoption de la première lofrançaise sur les monuments historiques.

Instauration d’un nouveau niveau de protection : l’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Cette mesure est alors perçue comme une étape préalable au classement.

Adoption d’une loi qui instaure la notion de « champ de visibilité » des monuments historiques. Les architectes des bâtiments de France (ABF) sont chargés de s’assurer que les travaux conduits « aux abords » d’un monument classé ou inscrit ne lui portent pas atteinte.

1842-1875

1913

1930

1962

1887

1927

1943

 

Un chapiteau pour le parc des expositions

Le nouveau parc des expositions a été construit à Châteaublanc dans la deuxième moitié des années 1970 en remplacement du palais de la foire situé à Champfleury. Il semblait alors important pour la Municipalité de disposer d’un équipement capable de positionner Avignon sur le marché des foires, salons, congrès et grands événements. On y voyait un levier stratégique pour développer la ville.

 

L’originalité du « Grand Palais » du parc des expositions d’Avignon est sa forme circulaire, en chapiteau. La photographie ci-dessus a été prise pendant la construction de la charpente, véritable ossature de l’édifice qui repose presque directement au sol.

Une telle construction devait tenir compte de contraintes incontournables. Il fallait que le bâtiment soit volumineux. Il devait également être particulièrement modulable et polyvalent afin d’accueillir des manifestations variées.

 

Ainsi, avec ces 27000 m2 de surface totale couverte, le parc des expositions marque la ville et marque aussi une époque. Plus de 30 ans après sa construction, il est en cours de réhabilitation.

Changements d'usage

A Avignon plus qu’ailleurs, églises, cloîtres et chapelles médiévales deviennent souvent lieux d’expositions ou de spectacles. Mais cette photographie de 1910 témoigne d’une reconversion plus insolite d’un lieu de culte.

Dîner dans une chapelle gothique 5 ans après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat ?

L’histoire de la chapelle des Templiers de l’hôtel du Petit Louvre témoigne d’une rencontre entre profane et sacré et de la valeur d’usage d’un lieu. Un monument traverse les siècles avant tout parce qu’il a été utilisé, investi.

 

L’église des Templiers est achevée en 1281. Au 14e siècle, elle devient quelque temps livrée cardinalice, puis la propriété est cédée aux Hospitaliers qui s’y installent en 1379. La maison du temple prend alors le nom de Commanderie Saint-Jean de Rhodes.

Quatre siècles plus tard, en 1793, l’ancienne commanderie est vendue. L’église devient alors une écurie surmontée d’un grenier à foin ! Des chevaux dans une église ? Pendant quelques décennies, car en 1876, elle est restaurée en style néo-gothique à l’initiative du félibre Anselme Mathieu et aménagée en salle de restaurant. Aujourd’hui, l’ancienne chapelle accueille des spectacles pendant le festival.

A Avignon plus qu’ailleurs, églises, cloîtres et chapelles médiévales deviennent souvent lieux d’expositions ou de spectacles. Mais cette photographie de 1910 témoigne d’une reconversion plus insolite d’un lieu de culte.

 
 

Avignon à l'heure de l'architecture contemporaine

La nouvelle gare d’Avignon s’inscrit dans un ensemble de projets d’architecture ferroviaire liés au développement d’un nouveau concept de lignes à grande vitesse. Contrairement aux premières gares implantées au 19e siècle à proximité directe des centres-villes, ou de leur adaptation à l’accueil des TGV, le choix fait à la fin du 20e siècle est de bâtir de nouvelles gares, excentrées pour être implantées, sans détour, directement sur la ligne à grande vitesse...

 

La porte Limbert, un patrimoine renié ?

Héritage du temps des papes, les remparts d’Avignon constituent un ensemble protégé depuis maintenant près de 150 ans. Cette protection n’a pas toujours été d’évidence, et, aujourd’hui encore, de petites voix s’élèvent parfois en marge des débats sur les aménagements urbains pour remettre en question sa présence pluriséculaire. Il est certain que les remparts d’Avignon, proportionnés pour protéger la cité médiévale, sont loin d’embrasser la totalité du territoire de la commune et constituent une sorte de frontière intérieure dans une ville qui s’est étendue. Ils gênent l’aménageur !

Le 19e siècle connaît plusieurs menaces liées aux projets de développement urbain, et d’abord plus particulièrement à l’arrivée du train. Esprit Requien s’élève ainsi contre un projet qui implique la démolition de toute une portion de l’enceinte. Il est soutenu par Prosper Mérimée, l’inspecteur général des monuments historiques.

En 1862, les remparts d’Avignon sont inscrits sur la liste des monuments historiques protégés.

Mais bientôt, le maire Gaston Pourquery de Boisserin, qui se veut homme de progrès, travaille sur le tracé du futur tramway. Les remparts le dérangent et il demande l’autorisation d’ « agrandir » plusieurs portes. L’administration des Monuments historiques refuse. Le maire ne tient pas compte de ce refus et donne l’ordre de démolir la Porte Limbert pendant une nuit de juillet 1896.

 

La Porte Limbert est peut-être l’exemple le plus brutal d’atteinte portée à l’ensemble patrimonial que forment les remparts. Sa démolition, comme les brèches percées notamment au bout de la rue du Portail Magnanen, crée une rupture, une blessure dans l’œuvre architecturale.

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« Débarrassons-nous de cette enceinte fétide qu’une ridicule admiration voudrait nous imposer pour prison perpétuelle lorsqu’une campagne admirable nous convie à nous mettre en rapport avec elle. »

 

H. Ch. 1833

Indigents, militaires puis apprentis artistes

L’aumône générale fut fondée au 16e siècle par la Ville pour secourir les indigents. L’assistance dissimulait aussi la volonté d’exercer un contrôle sur les plus pauvres dans l’idée d’éviter la délinquance. L’aumône générale fit l’acquisition de bâtiments et de jardins entre la rue des Lices et la rue du Crucifix en plusieurs étapes, entre 1610 et 1748. Jean-Pierre Franque acheva l’édifice en 1854.

L’architecture en « U » décline quatre rangs superposés de galeries en arcades. Ces galeries de deux mètres de large avec des ouvertures en plein cintre peuvent évoquer la forme d’un cloître. Cette disposition traduit surtout la prise en compte des contraintes climatiques que sont le soleil et le mistral.

La chapelle, qui a aujourd’hui disparu, divisait la cour entre l’espace réservé aux femmes et l’espace réservé aux hommes. 400 à 600 personnes étaient accueillies à l’aumône générale, dont deux tiers de femmes.

 

L’édifice devint la Caserne des passagers au 19e siècle. Il hébergeait ainsi les militaires de passage à Avignon. Il fut plus tard partiellement puis complètement dédié à l’école d’art, jusqu’à son déménagement en 1998. L’ensemble a depuis été restauré et transformé en immeuble de logements… aux étonnantes loggias !

L’aumône générale fut fondée au 16e siècle par la Ville pour secourir les indigents. L’assistance dissimulait aussi la volonté d’exercer un contrôle sur les plus pauvres dans l’idée d’éviter la délinquance.

 

Architecture conventuelle du 18e siècle

En 1702, Jean Madon de Châteaublanc crée la Maison du Bon Pasteur et des Recluses. L’objectif de cette institution, tenue par des religieuses, est de « sortir les prostituées du misérable état de péché ». En effet, parallèlement aux lois qui encadrent la prostitution, les élites locales cherchent à freiner le phénomène en proposant des structures charitables qui accueillent les « repentantes ».

 

L’établissement, à la fois couvent et centre de redressement, impose aux pénitentes un règlement strict. La prière et le travail rythment les journées des femmes. Pour expier leurs fautes, on leur impose aussi « une vie de mortification » (le corps devient un objet de douleur).

La photographie montre l’édifice qui a été construit pour accueillir l’institution du Bon Pasteur à partir de la fin du 19e siècle.

Sa chapelle a été dessinée par l’abbé Pougnet. Ce curé architecte est aussi à l’origine de la cathédrale de Carthage en Tunisie, ou de l’église des Réformés à Marseille.

 

De la même manière qu’au 18e siècle on critiquait l’architecture du 17e siècle en l’opposant à la finesse de l’architecture médiévale, le 20e siècle a souvent boudé les constructions du 19e siècle. Ce désintérêt a provoqué la destruction de nombreux édifices remarquables, notamment lorsque leur emplacement était stratégique. La maison du Bon Pasteur était un bâtiment conventuel sobre, solennel et bien exécuté. Il n’a pas fait l’objet de protection et a été démoli à la fin des années 1980.

 

Déclinaison avignonnaise des mouvements Art Nouveau et Art Déco 

L’Art Nouveau est caractérisé notamment par l’emploi de courbes, l’exubérance et l’utilisation de motifs végétaux. Il s’est développé à la fin du 19e et au début du 20e siècles mais a connu peu d’applications à Avignon.

 

En revanche (et contrairement à certaines idées reçues), l’Art Déco, qui s’est développé à partir des années 1920, a inspiré plusieurs bâtiments de la ville. Le style Art Déco se caractérise par l’utilisation de formes géométriques à la fois pures et dynamiques. C’est un mouvement qui s’ancre dans la modernité et qui trouve des déclinaisons tant dans l’architecture, que dans l’art ou le mobilier.

L’architecture Art Déco s’est affirmée dans les quartiers où l’on a construit le plus dans la période 1920-1940 : en particulier, pour l’extra-muros, à la Trillade, Saint-Ruf, Monclar, Saint-Jean ou aux Sources.

Il ne s’agit pas toujours d’édifices entiers construits dans ce style. Mais ce sont plus souvent des détails de ferronnerie, des encadrements de portes ou de fenêtres, une marquise, qui inscrivent le bâtiment dans l’air du temps en employant les codes du mouvement Art Déco.

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L’architecture Art Déco s’est affirmée dans les quartiers où l’on a construit le plus dans la période 1920-1940 : en particulier, pour l’extra-muros, à la Trillade, Saint-Ruf, Monclar, Saint-Jean ou aux Sources.

 
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Vies de châteaux

A Avignon, on parlait parfois de château pour désigner une demeure bourgeoise située à la « campagne », comme on disait alors pour parler de l’extra-muros. Le terme désignait aussi des maisons de maîtres, sièges d’exploitations agricoles. L’édifice s’intégrait à un ensemble. Le parc en faisait pleinement partie.

 

Plusieurs châteaux n’existent plus (Saint-Paul). D’autres ont trouvé un nouvel usage. A Montfavet, ce nouvel usage est parfois en lien avec l’hôpital (Saint-Ange). Des parcelles ont été remodelées et certains châteaux ont perdu leur vaste parc.

 

Un intérêt tardif pour les hôtels particuliers

Jean-Pierre Madon de Châteaublanc, le commanditaire de l’édifice, est aussi à l’origine de la fondation du couvent du Bon Pasteur. Au 19e siècle, le riche négociant et industriel Sixte Isnard rachète l’hôtel particulier. Il devient plus tard la propriété des Palun. C’est ce nom qui figure sur les gravures ci-contre.

L’hôtel Madon de Châteaublanc se trouve rue Banasterie. Il est bâti à la fin du 17e siècle (1687). Pierre II Mignard est l’architecte de cet édifice directement inspiré du schéma de Mansart pour l’hôtel Carnavalet à Paris. La question de savoir si cette volonté de « copie » est celle de l’architecte ou celle du commanditaire n’est d’ailleurs pas tranchée.

 

Le plan est classique (en « U ») mais les deux ailes sont reliées par une portion plus basse qui sépare la cour intérieure de la rue. La façade est très équilibrée. La cour intérieure présente une très belle calade (mosaïque en galets) d’Henri Barrelet où figurent des comètes, références à la comète observée par Edmond Halley en 1758. Cet hôtel particulier est souvent considéré comme le chef-d’œuvre de Mignard en matière d’architecture privée. Jean-Pierre Madon de Châteaublanc, le commanditaire de l’édifice, est aussi à l’origine de la fondation du couvent du Bon Pasteur.

Au 19e siècle, le riche négociant et industriel Sixte Isnard rachète l’hôtel particulier. Il devient plus tard la propriété des Palun. C’est ce nom qui figure sur les gravures ci-contre.

Avignon possède un nombre important d’hôtels particuliers des 17e et 18e siècles. Cependant, il est intéressant de remarquer que les édifices de cette période ont mis du temps à être considérés comme patrimoine à protéger. L’administration des monuments historiques s’est en effet longtemps focalisée sur le patrimoine architectural du Moyen Âge.

L’hôtel Madon de Châteaublanc a ainsi été inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1932 et a attendu 1983 pour être classé.

 

Des logements dans l’ancienne usine électrique

L’histoire de la production d’électricité à Avignon est directement liée à l’histoire du tramway. L’usine électrique de la route de Lyon, clos Saint-Véran, est construite en 1905, juste à côté de l’entrepôt des trams. Son rôle premier est effectivement de fournir une alimentation au réseau de tramway à « traction électrique par réseau aérien ». En 1911, 1,8 millions de voyages en trams sont comptabilisés sur le réseau.

 

Cette double implantation (usine électrique et dépôt des trams) a durablement marqué la ville. Aujourd’hui, 80 ans après la fin de la circulation des anciens trams, on parle encore du « Clos des trams » pour désigner le quartier.

 

L’usine électrique a été plusieurs fois restructurée pour s’adapter aux évolutions. En 2004-2005, le groupe Bouygues rachète les anciens locaux dans le cadre d’un projet immobilier : l’usine électrique est conservée et transformée en résidence privée.

 

L’église sans clocher

Non loin de l’Abbaye médiévale de Saint-Ruf, l’église paroissiale du même nom a été bâtie peu après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905). La photographie ci-dessus, bien connue, a probablement été prise le jour de la bénédiction de l’église, en 1912.

Sa construction témoigne de l’urbanisation progressive des quartiers de la « banlieue » d’Avignon, mais aussi d’un contexte de tensions entre ceux qui étaient favorables à la laïcité et ceux qui s’y opposaient. Comme la commune, qui bâtissait des écoles dans les nouveaux quartiers, l’archevêché travailla à implanter des lieux d’enseignement du catéchisme au plus près des enfants. Avant la construction de l’église de Saint-Ruf, les catholiques allaient parfois à la messe à Saint-Didier, intra-muros. Les habitants du centre-ville d’Avignon s’interrogeaient d’ailleurs sur le projet de bâtir une église « en pleine campagne ».

 

Pour des questions financières, l’édification du clocher de l’église Saint-Ruf fut reportée. Une souscription a même été ouverte pour collecter les fonds nécessaires, mais n’a encore jamais abouti.

Non loin de l’Abbaye médiévale de Saint-Ruf, l’église paroissiale du même nom a été bâtie peu après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905). La photographie ci-dessus, bien connue, a probablement été prise le jour de la bénédiction de l’église, en 1912.

 

Le lycée agricole de Cantarel : une architecture d’avant-garde

Le lycée construit de 1966 à 1969 par les architectes Roland Bechmann, Pierre Biscop, Charles André et François Girard est en rupture totale avec l’architecture scolaire alors en vigueur. Tandis qu’à cette époque le modèle du bâtiment scolaire « en barre » s’impose dans la majorité des projets, le plan du lycée de Cantarel s’organise « en ailes de moulin ». Les différents bâtiments s'articulent autour d'un noyau central, affecté aux services généraux, pour former un complexe scolaire : salles de classe et laboratoires, bâtiments d’internat, infirmerie, réfectoire, ensemble socioculturel et sportif.

 

Cet édifice, commandité par le ministère de l’agriculture, place l’élève au centre du projet. Dans un contexte d’essor des métiers de l’agriculture dans le Vaucluse, le nouveau lycée a pour vocation un accueil en pension complète.

Les architectes intègrent cette contrainte en faisant de cet établissement un véritable lieu de vie dont les élèves doivent être les acteurs majeurs. L’ensemble architectural traduit un renouveau dans les conceptions pédagogiques et éducatives.

Autre domaine d’avant-garde, le souci d’intégrer l’architecture dans son environnement naturel guide la réflexion de l’architecte. La recherche de la fonctionnalité et la mise à profit des contraintes marquent son travail. On voit chez Roland Bechmann un souci réellement précoce pour l’environnement. Le lycée Cantarel se trouve alors dans un secteur très peu urbanisé, à dominante agricole.

 

Résolument visionnaire, il est aujourd’hui encore considéré comme une réussite sur le plan fonctionnel. Il a reçu le label patrimoine XXe siècle et est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

 

La réglisserie Florent à Cantarel

La notion de patrimoine industriel s’est développée tardivement. Elle traduit la prise de conscience du fait que les lieux de fabrication, de travail et de vie ouvrière marquent pleinement la société et l’histoire. La désindustrialisation a joué un rôle important dans cette prise de conscience. La disparition massive d’usines a provoqué un sursaut protecteur tardif.

 

La façade principale de la réglisserie Florent est restée sensiblement intacte depuis sa fermeture, en 1975, résultant de son rachat par Ricqlés Zan.

Cette ancienne usine forme un ensemble de belle facture. Elle est construite sur le modèle paternaliste de nombreuses usines du 19e siècle : la fabrique intégrait un espace où étaient logés les ouvriers et les ouvrières (dortoirs, réfectoire, infirmerie, etc.).

L’ensemble devient alors plus qu’un lieu de travail. Il traduit la volonté de disposer sur place d’une main d’œuvre dédiée. Les ouvriers-paysans se partageaient entre les travaux agricoles, aux beaux jours, et l’usine, le reste de l’année, le salaire ouvrier permettant souvent l’achat de matériel agricole.

 

La photographie ci-contre souligne aussi la notion de patrimoine scientifique et technique. La réglisserie Florent a fabriqué des bâtons de réglisse, de la pâte de réglisse et du jus de réglisse avant d’innover dans la fabrication de bonbons à la menthe, à la vanille, à l’anis et à la violette. Pour fabriquer ces nouvelles pastilles, dans les années 1870, en plus d’une nouvelle usine édifiée selon ses propres plans, Paul Florent fait construire des machines spécialement conçues pour son projet.

 

« Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. Donc le détruire c'est dépasser son droit. ».

 

Victor Hugo, « Guerre aux démolisseurs » Revue des Deux Mondes, 1832.

Ensemble géométrique

Les chambres de l’agriculture ont été créées dans les années 1920. Chargées de représenter les différents agents économiques de l’agriculture, elles ont aussi pour rôle d’appliquer les politiques de développement agricole et rural sur le territoire. Elles sont implantées à l’échelle des départements.

 

La chambre de l’agriculture de Vaucluse est installée à Agroparc depuis 1988. L’édifice est monumental. Sept colonnes rythment le porche devant la façade principale vitrée, provoquant un intéressant jeu de reflets. L’utilisation du granit pour recouvrir les murs ajoute au caractère imposant du bâtiment.

 

Peut-on considérer que cet édifice comptera pour les Avignonnais de demain ? Le plan général est original. Le bâtiment principal, triangulaire autour d’un puits de lumière, rejoint par une pointe le bâtiment adjacent, rectangulaire. Les espaces extérieurs apportent une circularité, autour de ce point de jonction.

 

Manutention des vivres

L’histoire de l’ensemble bâti que l’on appelle communément « la Manutention » est directement liée à l’implantation d’unités militaires au palais des papes au moment de la Révolution française. La tour Trouillas, longée par les anciens jardins de Clément VI, hébergeait ateliers, cantines, magasins et lavabos militaires. Le Génie acheva vers 1824 un bâtiment en forme de "L" : la première manutention. Le plan ci-contre nous montre ce bâtiment en 1864. Il nous indique la présence des magasins (habillement notamment) du 50ème régiment, d’une paneterie et de boulangeries, ainsi que de locaux dévolus à l’infirmerie.

De 1972 à 1985 environ, la Ville d’Avignon affecte le bâtiment en L aux ateliers des fêtes et aux entrepôts du festival. Elle entreprend ensuite une nouvelle et complète restauration du site et crée un centre d'artisanat d'art, inauguré en 1986.

Un deuxième bâtiment a été construit au début des années 1880 pour agrandir la manutention militaire. Il n’est pas représenté sur le plan. Il est situé tout près de la manutention de 1824 et accueille aujourd’hui le cinéma Utopia.

 

Les deux manutentions témoignent ensemble de la reconversion réussie de bâtiments militaires en édifices à vocation culturelle et artistique. Ils attestent également l’importance de la présence militaire sur le territoire avignonnais.

Le plan ci-dessus nous montre ce bâtiment en 1864. Il nous indique la présence des magasins (habillement notamment) du 50ème régiment, d’une paneterie et de boulangeries, ainsi que de locaux dévolus à l’infirmerie.

 

De l’hospice à l’université

Louise et Bernard de Rascas fondèrent un hospice (c’est-à-dire un hôpital) en 1354. L’institution devint hospice municipal dès la fin du 15e siècle. En 1667 commençait une série de chantiers échelonnés sur plus de 150 ans. Certaines interrogations demeurent aujourd’hui pour savoir quels sont les architectes qui ont travaillé sur le projet et sur sa réalisation.

 

Jean-André Borde commença la construction, mais pendant cinq mois seulement. On lui doit notamment l’escalier d’honneur. François d’Elbène prit sa suite, puis Jean Péru (plutôt que Paul de la Valfenière, à qui l’on a longtemps attribué la paternité de la façade). Jean-Baptiste Franque est lui aussi intervenu sur la partie droite de la façade. François Franque a dessiné le grand portique, qui équilibre et monumentalise la somptueuse façade de 175 mètres, toujours admirée de nos jours.

 

L’édifice a fonctionné comme hôpital jusque dans les années 1980. Sous le mandat du maire Henri Duffaut, il a déménagé au sud d’Avignon, loin des remparts et près de la Durance.

 

Les 17000 m2 libérés par l’hôpital de la Ville firent l’objet d’une reconversion spectaculaire. L’université y a effectivement emménagé en 1997, après d’importants travaux pour adapter l’édifice à ses nouvelles attributions. Un bâtiment contemporain a aussi été construit, en face de l’ancien. L’installation de l’université sur ce vaste site a mis fin à sa dispersion sur une dizaine de lieux différents.

 

Renouveau de l’architecture judiciaire

Face aux remparts, depuis 2001, le palais de justice d’Avignon assoit ses volumes francs avec force mais harmonie. Il s’impose avant tout parce qu’il ne ressemble à rien d’autre, mais aussi grâce à son gabarit, sa masse. Il affirme la solennité de l’exercice de la justice.

C’est à Adrien Fainsilber, le dessinateur de la Géode parisienne, que l’on doit le nouveau palais de justice d’Avignon. Cet édifice est représentatif d’un récent mouvement de construction de tribunaux en France. Ce mouvement répond à la nécessité de « sortir des anciens palais » pour adapter les lieux de justice aux évolutions des institutions judiciaires et à leurs modes de fonctionnement contemporains. Les locaux de l’ancien tribunal avignonnais sont aujourd’hui occupés par le Conservatoire du Grand Avignon.

Face aux remparts, depuis 2001, le palais de justice d’Avignon assoit ses volumes francs avec force mais harmonie. Il s’impose avant tout parce qu’il ne ressemble à rien d’autre, mais aussi grâce à son gabarit, sa masse. Il affirme la solennité de l’exercice de la justice.

 

On perçoit donc dans ce monument contemporain la volonté de créer un événement architectural. L’édifice doit être structurant et très facilement identifiable. Il ne peut être confondu avec un autre, il ne peut être anonyme. Il s’agit du bâtiment qui rappelle à l’ordre, qui garantit la justice et l’exercice de la démocratie. Les éléments de symétrie peuvent évoquer la traditionnelle symbolique de la balance.

Contrepoint de l’autre côté du boulevard Limbert, l’installation de l’artiste Brigitte Nahon semble faire référence à cette symbolique. On y voit une balance formée de boules en acier inoxydable posées sur un plateau lui-même posé sur une autre sphère.

 

L’utilisation : menace ou protection ?

L’abbaye Saint-Ruf a été bâtie au Moyen Âge, avant l’installation des papes à Avignon. En 1039, quatre chanoines d’Avignon demandèrent à se retirer à la campagne pour y mener une vie plus austère. La communauté fut d’abord placée sous la règle de Saint-Augustin. Puis, en 1095, l’ordre de Saint-Ruf fut reconnu.

 

Comme elle n’était pas protégée par les remparts d’Avignon, l’abbaye de Saint-Ruf fut fortifiée. On remarque ainsi les créneaux et les meurtrières sur le transept de l’église. L’église de Montfavet, dans une configuration similaire, était elle aussi fortifiée.

La photographie ci-dessous témoigne de la réutilisation de l’ancienne abbaye en usine. L’édifice religieux est devenu complètement profane. Au premier plan on devine un champ d’épandage qui n’était pas sans faire débat. Le deuxième usage du lieu l’a-t-il protégé de la démolition ou a-t-il participé à la disparition d’éléments d’origine ? Sans doute un peu des deux…

La photographie ci-contre témoigne de la réutilisation de l’ancienne abbaye en usine. L’édifice religieux est devenu complètement profane. Au premier plan on devine un champ d’épandage qui n’était pas sans faire débat. Le deuxième usage du lieu l’a-t-il protégé de la démolition ou a-t-il participé à la disparition d’éléments d’origine ? Sans doute un peu des deux…

 

Dans le parc de Saint-Ruf, il ne reste aujourd’hui que le clocher, le transept, le chevet et le départ de la nef de l’église abbatiale. Ces vestiges de l’abbaye médiévale ont été classés monument historique dès 1887.

 

Deux atlantes dans une quincaillerie

Le Berton et Sicard du centre-ville a longtemps été une institution avignonnaise. Cette vaste boutique de bricolage, ménage, chauffage et quincaillerie était établie dans l’ancien hôtel Peilhon de Faret, bâti à la fin du 17e siècle. L’édifice donne à la fois rue de la Rappe et rue du Vieux Sextier.

Les Avignonnais de longue date se souviennent de cette enseigne comme d’une véritable caverne d’Ali Baba. On l’appelait « Berton », et plus tard elle est devenue « Quimo », bien que demeurant propriété de la société Berton et Sicard.

 

La quincaillerie de l’intra-muros n’a pas résisté à l’arrivée de la concurrence des grands magasins de bricolage des zones commerciales et a été remplacée, à partir des années 1990, par des magasins de prêt-à-porter.

 

La grande particularité de cette boutique est qu’elle renferme deux magnifiques atlantes. Les atlantes sont l’équivalent masculin des cariatides. Il s’agit de statues servant de supports verticaux, ici à un plafond. Il semblerait que la réalisation de ces deux atlantes soit inspirée des statues que Pierre Puget a réalisées en 1656 à l’entrée de l’ancien hôtel de ville de Toulon. Ce sont des allégories de la Force et de la Fatigue.

 

Les atlantes ont fait l’objet d’une inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques dès 1932. En revanche, les façades et la toiture ont dû attendre 1988. Une mesure plus précoce aurait peut-être permis d’éviter des interventions très agressives sur le bâtiment dans les années 1960.

 

Des lieux de convivialité comme patrimoine

En 1854, Bresset ouvrit le Café de l’Univers à l’emplacement du vieux Café Thomas, sur le côté Nord de la place de l’Horloge. Jean-Pierre Cœur en faisait l’acquisition peu de temps après, lui donnant le nom de Café Cœur.

En 1942, l’établissement prit le nom de Grand Bar du Centenaire, en référence au monument érigé sur la place en 1891 pour commémorer le rattachement d’Avignon et du Comtat Venaissin à la France.

 

Ornée de sculptures d’Etienne Cournaud père, la façade du Grand Bar était remarquable. Elle n’a pourtant pas fait l’objet de protection. L’édifice a été intégralement démoli en 1969, dans le cadre de la rénovation de l’îlot P du quartier de la Balance. Seuls les deux atlantes de la salle furent alors déposés dans un café du cours Jean-Jaurès. Ils sont tout ce qu’il reste de ce haut lieu de sociabilité.

 

Un seul ancien café avignonnais a intéressé l’administration en charge de la protection du patrimoine. L’ancienne salle de café du 26 rue du Portail Matheron, aujourd’hui agence bancaire, est inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1991.

 

L’architecture comme sculpture

La particularité de ce chantier réside dans le fait que Max Bourgoin y est son propre commanditaire. Le terrain lui appartient. Il devient un terrain de jeu et d’expression libre de l’architecte.

« Pierre sciée », « pierre éclatée », « croûte de pierre », « pierre massive brute », « empreintes », « briques » sont quelques exemples de légendes des documents techniques de la construction du San Miguel. Max Bourgoin, l’architecte, conçoit son édifice comme une véritable sculpture qui garde l’empreinte de l’homme et des outils de l’artisan. Il aime travailler la « peau du bâtiment ».

La particularité de ce chantier réside dans le fait que Max Bourgoin y est son propre commanditaire. Le terrain lui appartient. Il devient un terrain de jeu et d’expression libre de l’architecte. Le San Miguel fait face aux remparts et s’intègre particulièrement bien à son environnement.

 

C’est une résidence « haut de gamme » qui comprend des logements et des bureaux. Max Bourgoin y a choisi des matériaux nobles et de qualité. Tout compte : les volumes, les cheminements intérieurs et la lumière.

Chaque logement doit avoir une loggia ou une terrasse et bénéficier d’une double-exposition. Les volumes sont ouverts. Disparu en 2009, Max Bourgoin n'a construit que dans le Vaucluse ou dans la région d'Avignon. Il est l’architecte de nombreux bâtiments avignonnais : immeubles et école Sixte Isnard, Groupama, Inspection académique, immeubles de logements sociaux à Champfleury, Monclar, etc. Il est un architecte incontournable de la reconstruction et de l’après-reconstruction à Avignon. Le San Miguel peut certainement être considéré comme son chef d’œuvre d’artisan-architecte. C’est en tout cas une œuvre qui illustre parfaitement son caractère inclassable, atypique.

 

Le San Miguel a été construit entre 1968 et 1988. Il est labellisé Patrimoine XXe siècle depuis 2000 mais ne fait pas, à ce jour, l’objet d’une protection au titre des monuments historiques.

 

Le premier théâtre avignonnais

Avant 1732 et l’inauguration de la Comédie, place Crillon, Avignon ne possédait pas de lieu spécifiquement dédié au théâtre. L’édifice a été construit selon les plans de l’architecte parisien Thomas Lainée. Son financement est dû au regroupement de riches Avignonnais au sein d’une société par action.

La Comédie resta en fonction jusqu’à la construction d’un nouveau théâtre, place de l’Horloge.

 

Sur la photographie ci-contre, le bâtiment de l’ancienne Comédie est toujours présent, mais a complètement changé d’activité. Il accueille alors la sellerie-carrosserie Bondurand. La façade que l’on voit ici a été largement modifiée et banalisée par rapport à celle d’origine : des fenêtres ont été percées, notamment sur les décors sculptés du fronton, un balcon et un étage ont été ajoutés.

 

A la fin des années 1970, lors d’une campagne de restauration, on a tenté de rendre à la façade son aspect initial. On a alors choisi d’effacer un pan de l’histoire de l’édifice pour rétablir sa beauté d’origine.

 

Cette photographie montre aussi l’harmonie et l’équilibre de la place qui met en valeur l’édifice. Le monument est-il isolable de ce qui l’entoure ?

 

Patrimoine républicain