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on refaisait le monde

souvenirs de 1968 à avignon

introduction

 Mai 68 constitue indéniablement une charnière dans   l’histoire sociétale et sociale française, avec un

 « avant » et un « après ».

La soif d’un changement radical s’est exprimée dans toute la France, dans un moment qu’on a qualifié plus tard de « catharsis », d’émancipation collective. Durant ces semaines où il « se passait toujours quelque chose », les événements furent chargés de nombreuses références et citations révolutionnaires, de la contestation aux barricades, des déferlements de manifestants aux jets de pavés. Le mouvement de Mai 68 a été celui d’une révolte contre l’autoritarisme, à tous les niveaux : autorité dans la famille, à l’université, à l’école, dans les entreprises, dans la culture. 

En 1968, une partie importante de la population s’est mobilisée pour faire entendre ce qu’elle voulait être, mais aussi ce qu’elle voulait avoir : être plus libres et plus égaux, avoir davantage de droits et de reconnaissance. Pour autant, ces aspirations à la liberté et à la rupture avec l’ordre établi, n’ont pas fait consensus absolu. Certains rendent même aujourd’hui les événements de Mai 68 responsables d’un délitement des valeurs et d’un avènement de l’individualisme.

 Évoquer 1968 à Avignon, c’est s’interroger sur la   dimension locale d’un phénomène national, qui s’inscrit   lui-même dans un contexte international particulier. 

On a souvent lu et entendu que le Mai 68 avignonnais a eu lieu au mois de juillet, lors de la tumultueuse XXIIème édition du Festival. Il est vrai que les sources écrites conservées dans les fonds d’archives communales sont relativement peu nombreuses : cette administration, en grève de nombreux jours en mai n’a produit et conservé que peu de documents pour nous permettre aujourd’hui d’analyser les faits locaux autrement qu’à travers la presse.

Et si on trouve dans ces fonds publics des rapports journaliers de police, quelques tracts, des éléments de correspondance du maire Henri Duffaut, des coupures de presse ou encore des bons de secours aux grévistes, c’est surtout le mois de juillet qui fait l’objet de dossiers de suivi des événements.

COLLECTER DES RECITS

Mouvement étudiant, contestation de l’ordre et du pouvoir en place, élan de liberté, évolutions des mœurs, grèves et revendications des ouvriers, des employés et des paysans, manifestations, meetings et organisation de solidarités, les événements de Mai 68 sont pourtant bien ancrés dans la mémoire collective locale. 

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Évènements internationaux

Évènements nationaux

Évènements locaux

repères

historiques

un contexte déterminant

Le petit monde estudiantin avignonnais

mobilisé

de la grève généralisé au retour à l'ordre

un autre mai en juillet ?

la "réplique" culturelle à l'occasion du festival

Mai 68 n’est pas un événement surgi de nulle part. Il ne peut se lire qu’au prisme du monde où il s’ancre et à l’aune d’un paysage politique, culturel, économique et social spécifique, et il a été précédé d’une année 1967 riche en mobilisations ouvrières.

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Les Trente Glorieuses, années de vitalité économique, subissent un début de retournement de conjoncture en 1966-1967. Le marché commun et l’ouverture des frontières initiés en 1957 occasionnent une restructuration des économies nationales dans le but d’être concurrentielles face à la compétition étrangère. Cela se répercute sur les conditions de travail et les exigences de productivité. On évalue alors à 46 heures en moyenne la durée de travail hebdomadaire dans le secteur industriel. Le gouvernement juge la situation de l’emploi préoccupante. La tension monte. L’année 1967 est émaillée de mobilisations importantes dans le monde paysan, inquiet des difficultés auxquelles il est confronté. Les ouvriers mènent eux aussi des combats importants et en avril 1967, la municipalité d’Avignon accueille une délégation de métallos nazairiens en grève, lors de leur tour de France. Cela participe de la diffusion d’un élan de revendications et d’un modèle de lutte sociale.

 

Les années qui suivent la Guerre d’Algérie apparaissent

« critiques », dans une « exigence d’interroger les

évidences », comme le souligne l’historienne Ludivine Bantigny. Le mouvement de décolonisation, les insurrections du tiers-monde, les suites des luttes pour les droits civiques aux États-Unis, les tensions de la Guerre froide, les révolutions en Chine et à Cuba, la mort récente de Che Guevara, tout comme la Guerre du Vietnam dans laquelle les États-Unis interviennent activement, occupent les esprits. À Avignon comme ailleurs, sont nés des « comités Vietnam » dès 1966-1967. Les affiches de l’Union internationale des étudiants arrivent en nombre, pliées en quatre, par La Poste, à la faculté de lettres, rue Joseph-Vernet.

 
 

récits et documents

 
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Roselyne

Praly-Bouriche,

en Terminale au lycée Aubanel

« J'aurais voulu que tout le monde soit uni, mais je voyais bien qu'il y avait de grandes disputes idéologiques auxquelles je ne comprenais pas grand chose. »

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MICHEL FLANDRIN,

JEUNE AUDITEUR D'EUROPE N°1

« En mai 68, je connus mes premières nuits blanches. (...) Des heures de bruits et de récits, la sensation d'être au coeur de l'événement sans sortir de ma chambre. »

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robert vettoretti,

étudiant à avignon et membre de l'unef

« Nous n'étions pas peu fiers de voir la presse mettre en avant le rôle de l'UNEF aux côtés de la CGT, de la FEN et du SNI (...). Quelle récompense ! »

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jean-maurice martin,

étudiant à Avignon et militant à l'UNEF

« (...) je dois à mai 68 (et aux années qui ont suivi) mon éducation politique, la conviction d’une formidable libération et l’idée que les changements obtenus dans ces années étaient irréversibles. »

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nadia boyer,

étudiante et fille d'ouvriers

« Le risque que les examens n’aient pas lieu me paralysait parce que les moyens financiers de mes parents ne m’auraient pas permis de redoubler. »

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claire d,

jeune athlète scolarisée dans le privée

« La grève s’étendait de plus en plus, les écoles religieuses risquaient de faire grève, tout dépendait de la CFDT. Un sentiment de panique se développait (...) »

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michèle croustillat-drücke,

adhérent à l'unef et comédien dans la paillasse aux seins nus

« La tentative d’assassinat de Rudi Dutschke, à Berlin, m’indigna. L’arrestation des étudiants contestataires et la dénonciation du Plan Fouchet me décidèrent. Je ferai grève, le 6 mai 1968 ! »

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Gérard martino, 

lycéen à philippe de girard, fils de cheminot et futur agent d'exploitation de la poste

« Mon père était membre du comité de grève au dépôt SNCF d’Avignon et il décida de m’y emmener. Il était occupé. Je peux dire que ce moment a été pour moi inoubliable. »

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jean-louis reynet,

lycéen engagé aux jeunesses communistes

« Le soir, on partait en balade pour afficher à tour de bras, mettre les tracts dans les boîtes, et on discutait à perte de vue, je rentrais parfois au petit matin. »

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michel mus, 

membres des 

jeunesses communistes

« Ce jour-là, ils ont installé leurs véhicules, pompes à eaux et tuyaux mais quand l’ordre a été donné, mon père et l’ensemble des pompiers présents ont refusé et ont posé fermement leurs pieds sur les tuyaux. »

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henri, 

journaliste culturel, étudiant au clu

« Je me souviens aussi de la grande manifestation du 30 mai. J’étais un des cinq qui portaient la grande banderole de tête et n’en étais pas peu fier ! »

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robert cappeau,

agriculteur à la barthelasse

« Le premier moteur nous a été livré et il a aussitôt été installé par les frigoristes. Les événements et l’agitation des citoyens, les grèves et les manifestations ont été la cause du retard de la livraison du second moteur. »

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michel boucicot,

cheminot occupant du dépôt

« Il fallait faire vivre la grève et les moments de convivialité et de fraternité comme un repas partagé étaient des occasions vraiment privilégiées. Je me souviens qu’il y avait quelque chose de très gai et de très épuisant à la fois. »

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jean-claude tésio,

incorporé au 7e régiment de génie pour son service militaire

« La privation de liberté, le manque d’information, le manque de contact avec les familles, les ami(e)s, les fiancées et, pour certains, les épouses et les enfants (plus de courrier) rendaient l’ambiance explosive. »

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michel gromelle,

fonctionnaire de la mairie d'avignon

« Je ne me souviens pas d’agents qui se soient opposés au mouvement. Il y avait une grande solidarité. Mon père (...) disait « ça me rappelle 1936 et le Front populaire ». (…) »

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mireille salles-pin,

fonctionnaire nouvellement titulaire du papier rose

« Mais j’avais une préoccupation toute personnelle. La date pour passer mon permis de conduire était fixée au 9 mai. La grève générale n’était pas encore déclenchée, j’ai passé mon examen avec succès (...) »

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michèle rayet,

institutrice et militante

« Mai 68 a changé des mentalités, libéré les mœurs.

À la reprise du travail, on s’est tutoyées. Les jeunes institutrices nous présentaient leurs compagnons, nous apprenaient qu’elles étaient enceintes sans être mariées. »

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jacques galas,

statisticien en grève

« J’ai eu une petite émotion lorsque j’ai appris que c’était notre directeur en personne qui avait convoqué les syndicats de techniciens et d’ingénieurs pour leur dire qu’il faudrait peut-être qu’ils se mettent en grève. »

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miquette bourgeois,

militante pour les droits des femmes

« Nous faisions des collages d’affiches. On partait à six, le soir. Un soir, vers 22h, on s’est fait mettre en joue. Il faut dire qu’on riait, qu’on faisait du bruit. »

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gilbert saccani,

membre de l'oci, professeur de dessin au lycée mistral

« J’ai gardé de ces deux mois, le souvenir d’un immense brassage de citoyens qui quelques jours auparavant s’ignoraient et qui, parce que la porte de l’émancipation sociale s’ouvrait brusquement (...) »

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marie-thérése reynaud,

représentante syndicale aux ptt

« (...) je reçus un coup de fil des camarades du centre de tri.

« Préviens tout le monde, demain on bloque la RP (recette principale) et le CT (central téléphonique) ! À 6 heures du matin, piquet de grève devant la poste centrale. » (…) » 

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claude sandrone, 

os en grève chez berton et sicard

« Il fallait coûte que coûte tenir bon, ne rien lâcher. Comme beaucoup de salariés dans le pays nous avons subi des menaces, du chantage, des provocations de la part de la direction. Impossible de nous intimider. »

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michel hébrard,

membre de la troupe d'andré benedetto

« Il y a pour moi un malentendu qui a laissé croire que le Living Theatre est venu contester le travail de Vilar. Je pense qu’il s’agissait (…) plutôt d’une recherche d’une nouvelle forme de théâtre. »

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fb,

en poste à l'hôpital sainte-marthe

« Au mois de juillet, sortant du travail en fin d’après-midi, je me précipitais au Verger Urbain V, lieu des rencontres quotidiennes entre comédiens, créateurs et public du Festival. »

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natacha guichard,

mère de quatre enfants dans un monde d'architectes

« Nous avions prolongé la soirée dans l’« anti-maison » de notre ami Jean-Claude Deshons où nous avons transposé le happening du Living Theatre. L’« anti-maison » a été imaginée et réalisée avant 1968 ! »

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yvon provost,

photographe au dauphiné libéré

« À la fin de la représentation un groupe de spectateurs surexcités voulut s’emparer de mes appareils et détruire les films. »

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